- Ah ah ah !
- Allez ma chérie. Rend là moi.
Sébastien observait d'un air mauvais derrière ses fines mèches noires le couple qui roucoulait sur le canapé face à lui. Ecoeurant. On pourrait se croire dans un mauvais film à l'américaine. Un gros navet, avec deux navets qui s'aiment. Un rictus anima sa lèvre supérieure en signe de dégoût. Comment pouvait on respirer autant la niaiserie et le bonheur ? Mais surtout les deux à la fois ? S'en est à gerber. Ils donnent envie de gerber. Une envie le prit d'assommer le garçon et de violer la fille. Rien que pour briser une vie aujourd'hui. Mais, car il y a toujours un foutu « mais », il s'était promis d'arrêter ses conneries et de se fondre dans la masse. Et commencer l'année avec un truc pareille, pouvait bien foirer tout d'un coup ses nouvelles résolutions. Cela dit, rien ne l'empêchait d'imaginer. Non, finalement il attacherait le gars & violerait la fille sous son nez. Un sourire allongea ses lèvres. Oui, c'était parfait. Mais trop chiant de ne pouvoir le faire. Il se leva d'un coup, attrapa un coussin et le leur balança tout en s'éloignant de sa démarche assurée et lente. Ne faisant absolument pas attention à leur protestation. Oui je suis un sale con. Et j'adore ça maintenant.
Comment ne croiser personne, ne pas avoir de pulsions passagères et ne pas parler ? En trouvant un coin où il pourrait se retrouver seul. Son coin. Après les cachots, évidemment. Le toit de Poudlard. Un lieu propice au calme et à la rêverie, d'autant plus que certaines choses qui s'y sont passés, l'ont profondément marqué. Cette nuit passée avec elle. Sous la pluie. Si similaire aux autres, sur les toits de Londres. Mais tout est finis Conor. Tu l'as bel et bien perdu maintenant. Elle est avec ce ridicule aveugle & elle semblait heureuse. C'est peut-être mieux ainsi finalement. Qu'elle poursuive sa vie. Avec son nouveau petit ami. Oui, les rumeurs courent vite à Poudlard. Light, le petit ami de Sogu. Elle ne lui avait pas échappé celle là, lui qui d'habitude ignore royalement les rumeurs. Mais bon, il s'était fait une raison. Bien qu'il ne comptait pas fuir Sogu. Il avait aussi entendu dire qu'elle était chef des marqués. Il en faisait aussi parti. Donc il l'aurait forcément croisé.
Il mit du temps à atteindre le toit. Pas étonnant, en même temps il est parti de la salle commune des serpentard qui est sous Poudlard. Comment joindre deux extrémités ? Deux opposés ? Le calme des toits de Poudlard devait se mériter alors.
Il poussa la porte, et la referma silencieusement derrière lui. Puis enjamba la fenêtre pour enfin sentir quelques gouttes froides tomber sur son visage. La pluie. Il en oublia le Brendon et sa Brenda. Il glissa sa main sur la rampe froide, et la longea doucement. Il fit ainsi et lentement des aller et retour. Son autre main dans sa poche. Puis il s'arrêta, et retourna sa main trempée et noire à cause de la rampe. Un petit sourire se dessina sur ses lèvres. Il s'essuya sur son pantalon, puis appuya ses deux mains sur la rampe. La serrant légèrement. Il était trempé. Entre temps la pluie avait redoublée, plus forte, plus grosse. Ses cheveux dégoulinaient. Mais il s'en foutait. D'un mouvement il desserra sa cravate. Enfin... Celle de Sogu. Ils les avaient échangés l'an dernier, et comme il n'en avait pas racheté depuis, c'était la seule qu'il avait. Et d'ailleurs il l'a gardé précieusement. Et il reposa sa main sur la barrière de sécurité.
« CONOR !! CONOR RETOURNE TOI ! »
AH. Cette voix. Il rentra la tête dans les épaules, mais n'exécuta pas l'ordre pour autant. Combien de fois te l'ais-je dit Yutido ? Je suis au dessus des ordres. Où, tout simplement, je ne respecte que ceux que je m'impose. Et encore, je ne les prends pas tous en compte. Il se reprend assez vite, et braque son regard noir sur le lac. Comme pour lui montrer qu'elle ne l'intéresse pas. Qu'il s'en fout. Bien que toute son attention est tournée vers elle pour le moment. Feindre, c'est le plus important.
« Pourquoi t'es parti ENFOIRÉ ? Pourquoi m'as-tu laissé mourir ? Tu savais que j'étais vraiment dans la merde, j'étais dans tous les journaux. Tu savais que je n'étais plus RIEN. Mais t'es parti. T'es parti sans me dire au revoir ? Tu m'as tuée, brisée, détruite, comme avant ... »
Et pourtant tu as l'air de te porter foutrement bien. Du peu que j'ai vu... Tout roule pour toi hein ? Et tu te plains avec ça ? Avec la magnifique nouvelle vie que tu t'es offerte avec cet aveugle de mes deux ? Sebastien étouffa un « Humpf » inaudible. Il ne faisait pas le poids face à la pluie battante. Les journaux ? Tu crois que je lis les journaux ? Tsss, j'en entendais seulement parlé. Beaucoup de monde parlait à Pré-au-lard. J'avais des nouvelles en direct. Mais rien de plus. D'ailleurs, cela me suffisait. Car après je regrettais. Mais regarde. En une année, tu t'es relevé. Tu sembles plus forte. Donc je me sens un peu moins fautif. Juste à nouveau dégoûté. De te voir au côté d'un autre que moi. Un autre comme « petit ami officiel ». Il m'a piqué ma place. Je devrais avoir le monopole. LE MONOPOLE TU ENTENDS. Et pourtant rien ne traversait ses lèvres. Il inspira profondément et ferma ses yeux. Fort, trop fort.
« J'ai donné ma vie pour toi Conor. Je me suis laissée accuser de meurtre pour te sauver. Mais je n'ai pas réussi, pardon ... J'ai échoué. J'ai cru que ça te sauverait oui, que je pouvais te guérir, soigner ton coeur ... mais je n'ai jamais eu ce pouvoir ... J'étais trop ambitieuse. »
Ambitieuse. Tu l'as toujours été. Plus que moi, en tout cas. Le meurtre... Ah oui. Je m'en doutais tu sais. Je te connais, je sais que tu n'aurais pas tué. Je l'aurais vu sinon, dans ton regard ce soir là. Mais tu étais aussi surprise que moi. Moi je suis partie pour ne pas te laisser patauger dans ça. Me protéger. Hah. Je dégage et t'as plus rien à protéger. C'était l'une des raisons. A croire que j'ai échoué aussi. Pathétique n'est ce pas ?
« Soigner mon c½ur » ? Existe-t-il encore celui là ? Je sais qu'il est noir. Noire de haine & de jalousie. Jaloux de tous ceux qui ont posé la main sur toi. Il se mordit la lèvre inférieure. Et serra un peu plus la barrière. Sans se tourner pour autant.
« Je suis retournée au centre, Sébastien. Ils m'ont dis que, le lendemain où ils m'ont emmené alors que je mourrais de froid, tu es arrivé en courant, trempé et inquiet. Pourquoi tu ne me l'as pas dis ? Ça aurait tout changé, Sébastien. je ne serais jamais devenu si ... si mauvaise. »
Il se souvint de la vieille dame qui était passé au magasin ou il avait bossé pendant tout ce temps.
« - Oh oui, c'est triste pour elle. J'ai lu ce matin qu'ils l'avaient envoyés dans un centre. »
A sa pause il était parti lire les journaux dans la librairie et s'était rendu au centre en question. Comme la dernière fois. J'étais venu pour savoir si tu allais mourir ou pas. Ils m'ont dit que tu allais t'en sortir. Avec beaucoup de temps et de persévérance. Mais tu t'en sortirais. Alors je suis parti. Mais ça, pourquoi tu le dirais-je ?
« J'ai laissé tomber notre amour à un moment, mais je ne sais plus quand ça a commencé ! »
En es-tu vraiment sur ? Tu crois vraiment qu'il n'y a plus rien entre nous. Moi rien que de te savoir dans les parages je me sens mieux. Même si, tu en aimes un autre finalement. Je ne cherche même plus à comprendre de toute manière. Finis la comédie. Enfin... Non, pas totalement. Il se retourne enfin, gardant une main sur la barrière, l'autre, il la glissa vite dans sa poche. Il posa ses yeux noirs, plissés sur la jeune fille. Un grand sourire sur les lèvres, laissant apparaître ses dents blanches. Cette attitude était inexplicable.
« - Ferme là un peu ma belle. Tu parles beaucoup trop et pour rien. T'essaies de faire quoi là? »

